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Source:
Jean-Baptiste Poquelin (1620-1673), alias Molière,
"Oeuvres de Molière, avec des notes de tous les commentateurs",
Tome Second,
Paris, Librarie de Firmin-Didot et Cie,
Imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56,
1890.
Pages 148-229.
[Spelling of the 1890 edition. Footnotes have been retained becausethey provide the meanings of old French words or expressions.Footnote are indicated by numbers in brackets, and are groupedat the end of the Etext. Text encoding is iso-8859-1.]
Comédie (1667)
Harpagon, père de Cléante et d'Élise,
et amoureux de Mariane. Molière.
Cléante, fils d'Harpagon, amant de Mariane. La Grange.
Élise, fille d'Harpagon, amante de Valère. Mlle Molière.
Valère, fils d'Anselme et amant d'Élise. Du Croisy.
Mariane, amante de Cléante et aimée d'Harpagon. Mlle De Brie.
Anselme, père de Valère et de Mariane.
Frosine, femme d'intrigue. Magd. Béjart.
Maître Simon, courtier.
Maître Jacques, cuisinier et cocher d'Harpagon. Hubert.
La Flèche, valet de Cléante. Béjart cadet.
Dame Claude, servante d'Harpagon.
Brindavoine,
La Merluche, laquais d'Harpagon.
Un commissaire et son clerc.
La scène est à Paris, dans la maison d'Harpagon.
ACTE PREMIER.——————-
Scène première. - Valère, Élise.
- Valère -
Hé quoi ! charmante Élise, vous devenez mélancolique, après lesobligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votrefoi ? Je vous vois soupirer, hélas ! au milieu de ma joie ! Est-ce duregret, dites-moi, de m'avoir fait heureux ? et vous repentez-vous decet engagement où mes feux ont pu vous contraindre ?
- Élise -
Non, Valère, je ne puis pas me repentir de tout ce que je fais pourvous. Je m'y sens entraîner par une trop douce puissance, et je n'aipas même la force de souhaiter que les choses ne fussent pas. Mais, avous dire vrai, le succès me donne de l'inquiétude ; et je crains fortde vous aimer un peu plus que je ne devrais.
- Valère -
Eh ! que pouvez-vous craindre, Élise, dans les bontés que vous avezpour moi ?
- Élise -
Hélas ! cent choses à la fois : l'emportement d'un père, les reprochesd'une famille, les censures du monde ; mais plus que tout, Valère, lechangement de votre coeur, et cette froideur criminelle dont ceux devotre sexe payent le plus souvent les témoignages trop ardents d'uninnocent amour.
- Valère -
Ah ! ne me faites pas ce tort, de juger de moi par les autres !Soupçonnez-moi de tout, Élise, plutôt que de manquer à ce que je vousdois. Je vous aime trop pour cela ; et mon amour pour vous dureraautant que ma vie.
- Élise -
Ah ! Valère, chacun tient les mêmes discours ! Tous les hommes sontsemblables par les paroles ; et ce n'est que les actions qui lesdécouvrent différents.
- Valère -
Puisque les