trenarzh-CNnlitjarufafr

[Publié dans la Revue Indépendante de littérature et d'art, numéro 21 (1888).]

SCÈNES PRÉHISTORIQUES

NOX BELLICOSA

Au déclin du quaternaire, lorsque le pôle du Septentriongravitait vers la brillante du Cygne, il y a vingt mille ans.Sur les plaines de l'Europe le mammouth allait s'éteindre,pendant que s'achevait la migration des grands fauves versles pays de la lumière, l'exode du renne vers les neiges arctiques.L'aurochs, l'urus, le cerf élaphe paissaient les herbesdes forêts et des savanes. L'ours colossal et le grizzlyavaient trépassé depuis des millénaires au fond des cavernes.

Alors, les races autochtones, les grands Dolichocéphaless'étendaient de la Baltique à la Méditerranée, de l'Occidentà l'Orient, jusqu'aux assises de l'Asie. Troglodytes plus intimesque leurs ancêtres du Solutré, mais toujours nomades,leur Industrie déjà fut haute et leur Art attendrissant. Esquissestracées au frêle burin, timides mais fidèles, c'estl'éclosion de la deuxième puissance animale, la lutte du cerveauvers la conscience des choses, sans l'immédiat des appétits.Au cyclone de l'Hiatus, lorsque viendra une race plushiératique, pour des centaines de siècles l'Art sera perdu etil faudra même attendre notre Renaissance pour retrouverdes types d'industrie comme la fine aiguille à chas.

Or, c'était à l'Orient méridionnal, dans la saison du Renouveau,vers les deux tiers de la nuit. Dans la lueur cendreused'une grande vallée retentissaient les voix des bêtescarnivores. Un fleuve, dans les entrecoupements de silence,chantait la vie des fluides, l'euphonie des ondes; les aulneset les peupliers répondaient en chuchottis, en harmoniesintermittentes. La planète Vénus, moins argentine en cesâges, s'enchâssait dans le Levant. La théorie des constellationsimmortelles apparaissait entre les nues vagabondes,Altaïr, Wéga, les Chariots contournant avec lenteur la Polairedu Cygne.

Tandis que la vie palpitait dans les Ténèbres, féroce oupeureuse, ruée aux fêtes et aux batailles de l'Amour ou dede la Nourriture, une pensée vint s'y joindre. À la rive dufleuve, au rebord d'un roc solitaire, une silhouette sortit dela Caverne des Hommes. Elle se tint immobile, taciturne,attentive aussi, les yeux parfois levés vers l'étoile du Levant.Quelque rêve vague, quelque ébauche d'esthétique astrale,préoccupait le veilleur, moins rares chez ces ancêtres del'Art qu'en maintes populations historiques. Une santé heureusepalpitait dans ses veines, l'haleine nocturne charmaitson visage, il jouissait sans craintes des rumeurs et des calmesde la nature vierge, dans la pleine conscience de saforce.

Cependant, sous l'étoile Vénus, il transparut une lueur fine.Le boomerang de la Lune s'esquissa, des rais allèrent sur lefleuve et les arbres, parsemés d'ombres très longues. L'hommealors découpa sa forme de haut chasseur, les épaules couvertesdu manteau d'Urus. Sa face pâle, peinte de lignes deminium, était large sous le crâne long, capace et combatif.Sa sagaie à pointe de corne appendait de guinguois à sa taille,il tenait à la main droite l'énorme massue de bois dechêne.

Au frôlement des rayons, la perspective entra dans uneexistence moins farouche. Dans les peupliers, des vibrationsd'élytres blanches, des coins de paradis entr'ouverts sur laplaine, une palpitation visible des choses, une timide protestationcontre les férocités de l'ombre. Les voix même décrurent,la bataille moins ardente aux profondeurs de la forêtvoisine, les grands fauves repus d'amour et de sang.

L'homme, las d'immobilité, marcha le long du fleuve dupas élastique d'un poursuiveur de proie. À quinze cents coudées,il s'arrêta, au guet, la sagaie prête à hauteur du front.Il vint, sur le bord d'un bosquet d'érable, une silhouetteagile, un

...

BU KİTABI OKUMAK İÇİN ÜYE OLUN VEYA GİRİŞ YAPIN!


Sitemize Üyelik ÜCRETSİZDİR!