PAR
PARIS
E. DENTU, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES
PALAIS-ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS
1871
Tous droits réservés.
TABLE:I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX, XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV, XXV, XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXX, XXXI, XXXII, XXXIII |
S'il est à Paris une maison bien tenue et d'apparences engageantes,c'est à coup sûr celle qui porte le numéro 23 de la rueGrange-Batelière.
Dès le seuil, éclate et reluit une propreté hollandaise, méticuleuse,jalouse, presque ridicule en ses recherches.
Les passants se feraient la barbe dans les cuivres de la porte cochère,les dalles polies au grès étincellent, la pomme de l'escalierresplendit.
Dans le vestibule, trois ou quatre écriteaux révèlent le caractère dupropriétaire et rappellent incessamment les locataires au respect dû aubien d'autrui, alors même qu'on en paye trop chèrement la jouissance.
«Essuyez vos pieds, s. v. p.!» disent ces écriteaux aux allants etvenants;—«il est défendu de cracher dans l'escalier;—l'accès de lamaison est interdit aux chiens!...»
Cependant, cet immeuble tant soigné «jouissait» dans le quartier du plusfâcheux renom.
Que s'y passait-il de pire qu'ailleurs, qu'au numéro 21, par exemple, ouau numéro 25? Rien, très-probablement; mais les maisons, comme les gens,ont leur destinée.
Au premier étage, avaient planté leur tente deux familles de rentiers,gens paisibles s'il en fut, aussi simples de mœurs que d'esprit. Unreceveur de rentes, quelque peu courtier-marron, avait au deuxième sonappartement et ses bureaux. Le troisième était loué à un homme fortriche, un baron, disait-on, qui n'y faisait que de rares et courtesapparitions, préférant, à ce qu'il prétendait, le séjour de ses terresde Saintonge. Un brocanteur, on l'appelait le père Ravinet, encore qu'iln'eût qu'une cinquantaine d'années, moitié marchand de meubles et decuriosités, moitié marchand à la toilette, occupait tout le quatrième,où il entassait les mi